Drisses, écoutes : faites le bon calcul !

L’essentiel en 5 points

  • La longueur d’une drisse de grand-voile correspond à environ 2,5 fois la hauteur du mât au-dessus du pont.
  • La longueur d’une écoute se calcule à partir de la longueur du bateau : 1 fois pour le génois, 2 fois pour le spi, 2,5 fois pour la grand-voile. Ces valeurs s’entendent par écoute, à doubler pour une paire.
  • La charge de rupture nécessaire pour une drisse se déduit de la surface de voile, en comptant environ 42 kg par mètre carré, coefficient de sécurité inclus.
  • Le diamètre découle ensuite de deux critères : cette charge de rupture pour une drisse, le confort en main pour une écoute.
  • Prévoyez systématiquement 2 à 3 mètres de marge pour pouvoir recouper l’extrémité usée après quelques saisons.

Vous voulez juste un chiffre ? Allez directement au calculateur qui vous concerne.

On dit souvent que les bons comptes font les bons amis : ici, ils font surtout les bons cordages. Choisir une drisse ou une écoute demande de répondre à trois questions dans l’ordre : quelle longueur, quelle charge de rupture, et donc quel diamètre.

Cet article vous donne la méthode de calcul complète, les repères par taille de bateau, et cinq calculateurs qui font l’opération pour vous. À la fin, vous saurez exactement quoi commander, que vous préfériez du cordage au mètre à mateloter vous-même ou une manœuvre prête à naviguer.

1. Quelle longueur pour une drisse ?

Calculer la longueur d’une drisse

La longueur d’une drisse de grand-voile correspond à 2,5 fois la hauteur du mât au-dessus du pont.

C’est bien cette hauteur qu’il faut mesurer, et non la longueur totale du mât : la drisse suit le mât depuis la tête jusqu’au pont, la partie qui traverse le rouf et descend jusqu’à l’emplanture ne la concerne pas. Sur un mât traversant, l’écart peut atteindre un mètre cinquante.

Ce coefficient couvre l’aller-retour de la drisse le long du mât, soit deux fois la hauteur, auquel s’ajoute le cheminement en pied de mât jusqu’au renvoi, le passage dans le bloqueur et la longueur nécessaire pour tourner au winch et lover proprement le mou.

Exemple : sur un mât de 14 mètres au-dessus du pont, comptez 14 × 2,5 = 35 mètres de drisse.

Longueur de drisse : repères rapides

Hauteur de mât au-dessus du pontLongueur de drisse
9 m22,5 m
11 m27,5 m
12 m30 m
14 m35 m
16 m40 m
18 m45 m
Valeurs à ± 1 m selon le cheminement de votre bateau.

Comment mesurer sans démonter

Le plus fiable reste de mesurer la drisse en place. Sortez-la du mât en installant impérativement un cordage messager à sa place, puis déroulez-la sur le ponton. Sans messager, vous vous exposez à devoir faire passer une nouvelle drisse dans un mât vide, opération qui demande un accès en tête de mât.

Si la drisse d’origine a déjà été recoupée ou si vous équipez un bateau neuf, le plan de voilure du chantier donne les cotes exactes. Pour la manœuvre complète, suivez notre guide pour remplacer sa drisse.

Nos drisses prêtes à naviguer

Vous avez votre longueur ? Ces drisses arrivent épissées, avec leurs finitions et leur passant messager. Vous choisissez la longueur, le diamètre et la couleur, nous nous occupons du matelotage.

Ou le cordage au mètre, à mateloter vous-même

Si vous préférez réaliser vos terminaisons, ces deux références couvrent l’essentiel des programmes de croisière. Le polyester pour le meilleur rapport qualité prix, l’âme HMPE quand il faut de la résistance sans le poids.

2. Quelle charge de rupture pour une drisse ?

La règle de calcul

La charge que subit une voile dépend directement de sa surface. On compte environ 42 kilos de charge de rupture par mètre carré de voile, coefficient de sécurité inclus.

Exemple : pour une grand-voile de 30 m², visez une drisse dont la charge de rupture atteint 30 × 42 = 1 260 kg.

D’où vient ce chiffre de 42 kg par mètre carré ?

Ce n’est pas une valeur sortie du chapeau. Elle se construit en trois étapes.

Étape 1, la pression du vent sur la voile. En architecture navale, on estime cette pression avec la formule P = 0,021 × V², où P s’exprime en kilos par mètre carré et V en nœuds. Le coefficient 0,021 combine deux choses : la pression dynamique de l’air, qui découle de sa masse volumique, et le coefficient de portance d’une voile correctement réglée, de l’ordre de 1,3.

Étape 2, le vent de dimensionnement. Nous retenons 20 nœuds comme vent de référence. La pression atteint alors 0,021 × 20², soit 8,4 kg par mètre carré. Sur une grand-voile de 30 m², cela représente 252 kg de charge de travail.

Étape 3, le coefficient de sécurité. Nous multiplions par 5. Ce coefficient couvre les rafales, et il en faut : la charge variant au carré de la vitesse du vent, une rafale à 28 nœuds double la pression. Il couvre aussi les à-coups dynamiques dans la houle, le vieillissement du cordage sous les UV et l’abrasion, et la perte de résistance induite par les terminaisons.

Soit au final 8,4 × 5 = 42 kg de charge de rupture à viser par mètre carré de voile.

C’est une règle de dimensionnement volontairement prudente. Elle vous évite d’avoir à faire le calcul détaillé de la tension de guindant, et elle vous garantit une marge confortable dans les conditions où vous ne voulez surtout pas de mauvaise surprise.

Charge de rupture : repères rapides

Surface de voileCharge de rupture visée
15 m²630 kg
20 m²840 kg
25 m²1 050 kg
30 m²1 260 kg
40 m²1 680 kg
50 m²2 100 kg
60 m²2 520 kg

3. Quel diamètre choisir ?

Une fois la charge de rupture connue, le diamètre découle de la fibre choisie. C’est ici que le choix du cordage devient un arbitrage.

Pour une drisse : la fibre commande

À charge de rupture égale, un cordage à âme Dyneema permet de descendre d’un ou deux diamètres par rapport à une âme polyester. Vous gagnez du poids en tête de mât et surtout de l’allongement en moins, donc des réglages qui tiennent. Le polyester reste imbattable en rapport qualité prix sur un programme de croisière côtière. Pour comparer les fibres en détail, consultez notre comparatif polyester et Dyneema en traction.

Charges de rupture par diamètre

Données issues de nos fiches produits.

Cordage double tresse polyester croisière

DiamètreCharge de rupture
6 mm900 kg
8 mm1 250 kg
10 mm1 900 kg
12 mm3 000 kg
14 mm3 600 kg
22 mm9 500 kg

Cordage âme HMPE, gaine polyester

DiamètreCharge de rupturePoids
6 mm1 150 kg24 g/m
8 mm2 800 kg40 g/m
10 mm4 800 kg68 g/m
12 mm6 200 kg116 g/m
14 mm12 000 kg140 g/m
16 mm16 900 kg160 g/m
18 mm19 800 kg180 g/m
20 mm29 900 kg200 g/m

Lancelin Albatros Racing, âme Dyneema RSK78 ensimée et pré-étirée, gaine polyester

DiamètreCharge de rupturePoids
5 mm1 250 kg19 g/m
6 mm2 300 kg28 g/m
8 mm3 750 kg41 g/m
10 mm6 900 kg69 g/m
12 mm9 000 kg99 g/m
14 mm12 400 kg121 g/m
16 mm15 580 kg150 g/m

Âme Dyneema RSK99, gaine Technora et polyester

Disponible en 8 mm, avec une charge de rupture de 4 750 kg pour 45 g/m. C’est le haut de gamme de la sélection drisse : la gaine Technora encaisse mieux l’abrasion dans les réas et les bloqueurs, et l’âme RSK99 offre le meilleur rapport résistance sur poids de la gamme.

Du mètre carré de voile au diamètre : le tableau de synthèse

C’est le tableau qui fait le lien entre les deux sections précédentes. Diamètre minimum satisfaisant la charge de rupture visée, soit 42 kg par mètre carré de voile.

Surface de voileCharge de rupture viséeDouble tresse polyesterÂme HMPEAlbatros RSK78
15 m²630 kg6 mm6 mm5 mm
20 m²840 kg6 mm6 mm5 mm
25 m²1 050 kg8 mm6 mm5 mm
30 m²1 260 kg10 mm8 mm6 mm
40 m²1 680 kg10 mm8 mm6 mm
50 m²2 100 kg12 mm8 mm6 mm
60 m²2 520 kg12 mm8 mm8 mm
80 m²3 360 kg14 mm10 mm8 mm
100 m²4 200 kghors gamme10 mm10 mm

Ce tableau montre bien où se situe la limite du polyester. Jusqu’à 40 m² de voile, il fait parfaitement le travail pour un budget contenu. Au-delà, il impose des diamètres qui deviennent lourds en tête de mât et difficiles à faire passer dans les réas, alors qu’une âme HMPE ou Dyneema tient la même charge avec deux à quatre millimètres de moins. À 100 m², le polyester sort tout simplement de la gamme utilisable en drisse.

Le RSK99 en 8 mm, avec ses 4 750 kg, couvre à lui seul l’ensemble de ces cas jusqu’à environ 110 m² de voile, dans un diamètre confortable en main. C’est le choix des programmes où le poids, l’allongement et la tenue à l’abrasion comptent plus que le prix.

Les quatre cordages de ces tableaux

Chaque famille ci-dessus correspond à une référence de notre catalogue, disponible à la coupe, du plus économique au plus technique.

Attention, le diamètre mécanique n’est pas toujours le bon diamètre

Ce tableau donne le minimum mécanique. Trois raisons de monter au-dessus :

La compatibilité du matériel. Vos bloqueurs, vos réas de tête de mât et vos winchs sont dimensionnés pour une plage de diamètres. Un cordage trop fin patine dans le bloqueur ou se coince dans le réa. Vérifiez toujours avant de commander.

La prise en main. Une drisse de 5 mm tient mécaniquement, mais se manipule mal à la main quand il faut envoyer la voile rapidement. Sur les manœuvres que l’on tire à la main, 8 mm est un plancher de confort courant.

L’abrasion. Un cordage plus gros vieillit mieux, simplement parce qu’il a plus de matière à perdre. Sur un bateau de croisière qui ne cherche pas la performance, monter d’un diamètre est rarement une erreur.

Pour une écoute : la main commande

Sur une écoute, le calcul de charge donne presque toujours un diamètre inférieur à ce qui est confortable à manipuler. Une écoute de génois de 8 mm serait mécaniquement suffisante sur beaucoup de bateaux, mais impossible à tenir à la main sous charge. En pratique, le diamètre d’une écoute est dicté par la prise en main et par le diamètre des réas et des bloqueurs installés à bord.

Vérifiez toujours la compatibilité avec vos bloqueurs et vos poulies avant de commander.

4. Quelle longueur pour une écoute ?

Les règles de calcul

Toutes les longueurs d’écoute se calculent à partir de la longueur hors-tout du bateau.

  • Écoute de génois : longueur du bateau × 1
  • Écoute de spi : longueur du bateau × 2
  • Écoute de grand-voile : longueur du bateau × 2,5

Attention, ces longueurs s’entendent par écoute. Le génois se manœuvre avec deux écoutes, une par bord : sur un bateau de 10 mètres, il vous faut donc deux fois 10 mètres, soit 20 mètres au total si vous commandez du cordage à la coupe. Pensez-y au moment de valider votre panier, c’est l’erreur de commande la plus fréquente.

Le coefficient plus élevé pour l’écoute de GV s’explique par le palan : la longueur nécessaire dépend du nombre de brins du système. Sur un palan très démultiplié ou une configuration German sheet, ajoutez de la marge.

Écoute de génois

Écoute de spi

Écoute de grand-voile

Longueur d’écoute : repères rapides

Longueurs indiquées par écoute. À doubler pour équiper le génois de ses deux écoutes.

Longueur du bateauÉcoute de génoisÉcoute de spiÉcoute de GV
8 m8 m16 m20 m
10 m10 m20 m25 m
12 m12 m24 m30 m
14 m14 m28 m35 m
16 m16 m32 m40 m

Nos écoutes prêtes à naviguer

Épissées, surliées et prêtes à passer dans les poulies, dans la longueur et le diamètre de votre choix.

5. Pensez à la marge

Ajoutez systématiquement 2 à 3 mètres à la longueur calculée.

Cette marge sert à trois choses. Elle permet de reprendre la main au winch sans se retrouver en bout de cordage. Elle absorbe l’écart entre le calcul théorique et le cheminement réel de votre bateau. Surtout, elle vous permettra de recouper l’extrémité usée après quelques saisons et de refaire une terminaison propre, plutôt que de racheter la manœuvre entière.

Sur une drisse, c’est toujours la même zone qui souffre, celle qui frotte dans le réa de tête de mât ou qui reste bloquée dans le bloqueur. Deux mètres de marge, c’est deux ou trois recoupes possibles, donc plusieurs années de vie supplémentaires.

6. Cordage au mètre ou manœuvre prête à naviguer ?

Vous avez maintenant votre longueur, votre charge de rupture et votre diamètre. Reste à choisir la forme.

Le cordage à la coupe est la solution la plus économique. Vous commandez la longueur exacte, vous réalisez vous-même l’œil épissé et les finitions. C’est aussi l’occasion d’apprendre le matelotage, nos tutoriels sur l’œil épissé double tresse polyester et l’œil épissé sur âme Dyneema vous accompagnent pas à pas.

La manœuvre prête à naviguer arrive avec son œil épissé, ses finitions et son passant messager, prête à installer. Vous choisissez la longueur, le diamètre et la couleur, nous nous occupons du matelotage. C’est la solution si vous voulez être sûr de la finition ou si vous n’avez ni le temps ni l’outillage.

Les deux gammes utilisent exactement les mêmes cordages. Pour choisir, suivez notre guide d’achat des cordages ou celui des cordages matelotés prêts à l’emploi.

Questions fréquentes

Quelle longueur de drisse pour ma grand-voile ?

Comptez 2,5 fois la hauteur du mât au-dessus du pont, et non la longueur totale du mât. Sur un mât de 12 mètres au-dessus du pont, cela donne 30 mètres de drisse. Ce coefficient intègre l’aller-retour le long du mât, le cheminement jusqu’au winch et le mou nécessaire pour lover. Ajoutez 2 à 3 mètres de marge.

Comment mesurer une drisse sans la démonter ?

Sortez la drisse en installant impérativement un cordage messager à sa place, puis mesurez-la déroulée sur le ponton. Sans messager, vous devrez repasser une drisse dans un mât vide, ce qui impose de monter en tête de mât. Le plan de voilure du chantier donne aussi les cotes exactes.

Quelle charge de rupture pour ma drisse ?

Comptez environ 42 kilos de charge de rupture par mètre carré de voile. Ce chiffre correspond à une pression de 8,4 kg/m² sous 20 nœuds de vent, multipliée par un coefficient de sécurité de 5. Pour une grand-voile de 30 m², visez donc 1 260 kg. Cette valeur détermine ensuite le diamètre, qui dépend de la fibre choisie.

Quelle longueur pour une écoute ?

Tout se calcule à partir de la longueur hors-tout du bateau : une fois cette longueur pour une écoute de génois, deux fois pour une écoute de spi, deux fois et demie pour une écoute de grand-voile. Ces valeurs s’entendent par écoute, pensez à doubler pour équiper le génois de ses deux écoutes.

Cordage au mètre ou manœuvre prête à naviguer ?

Le cordage à la coupe est plus économique si vous savez épisser, et nos tutoriels vous guident. La manœuvre prête à naviguer arrive avec son œil épissé et son passant messager, prête à installer, et vous évite toute erreur de finition. Les deux gammes utilisent les mêmes cordages.

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